Conference presentation // Les critères du Patrimoine Mondial : une analyse des systèmes d’information de l’UNESCO


Marta Severo, communication au colloque “La sélection patrimoniale”. Sixième rencontre internationale des jeunes chercheurs en patrimoine, 7-9 octobre 2010, École nationale des chartes

Le Centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO (CPM) s’est imposé dans les dernières années comme un acteur incontournable du processus de sélection du patrimoine. Le CPM a été fondé en 1992 pour assister le Comité du Patrimoine Mondial et assurer l’entretien des listes des biens (listes indicatives, Liste du Patrimoine mondial et liste du patrimoine en péril). En quelques années, le CPM est désormais devenu la voix principale de la sélection du patrimoine à niveau mondial.
Une telle action de sélection se concrétise par l’inscription sur la Liste du Patrimoine Mondial. Aujourd’hui la Liste contient 980 biens, de plus autres 1497 biens sont insérés sur les listes indicatives en attendant la reconnaissance officielle du Comité. Selon quels critères est opérée la sélection des biens à intégrer dans le patrimoine mondial ? Quelles sont les caractéristiques des biens qui finalement sont ajoutés à la Liste ?
Les décisions du Comité sont basées sur les définitions contenues dans la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel (1972) et dans les Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial. La Convention, cependant, fournit des critères plus tôt vagues. Si elle définit en termes précis ce que doit être classé comme patrimoine naturel (art.2) et culturel (art.1), elle ne donne aucune explication de « valeur universelle exceptionnelle », qui représente le principal critère de sélection, et laisse au Comité la tâche de définir des critères plus précis. Des tels critères sont fournis justement dans les Orientations qui, à l’opposé de la Convention, « pêchent » par richesse de nouveaux termes, d’objectifs stratégiques, de définitions supplémentaires, des tâches détaillées et notamment d’une liste figée des critères de sélection. Si, d’un côté, telle richesse constitue une base pour les activités du Comité, d’autre côté elle complexifie la mise en œuvre de la Convention par le CPM. Comment les critères d’orientations sont employés dans les activités du Centre ? Comment les critères sont traduits et réduits dans les formulaires et dans les pratiques ? Comment la gestion du processus de sélection influence le concept du patrimoine mondial ?
Cette présentation souhaite étudier les processus de sélection du patrimoine mondial à travers l’analyse des systèmes d’information du CPM. Les systèmes d’informations nous promettent un regard innovant sur les pratiques du Centre. Loin d’être neutres, ces systèmes incarnent les pratiques explicites et implicites de l’institution. Les systèmes d’information nous intéressent comme miroir des critères de sélection inscrits dans les routines opérationnelles de la Convention du Patrimoine Mondial.
Notre analyse est basée sur une période de six mois d’observation participante dans le siège central du CPM à Paris. A travers ce travail de terrain, nous avons identifié les critères à l’œuvre dans la sélection des informations concernant les biens traités. L’analyse a pris en considération notamment la construction des archives de données des toutes les listes et le processus de collecte des données pour le rapport périodique et les demandes d’assistance internationale